Les récits de la manche 3

Des histoires sous des images

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Le jeu Kolétet

Kolétet est un jeu de médiation collaboratif autour d'œuvres d'artistes caribéens. Ses objectifs :

  • Découvrir les œuvres et les auteurs caribéens par une expérience ludique et collective
  • Observer, décrire, dialoguer autour des images (vocabulaire, multisensoriel, imaginaire…)
  • Favoriser l'intelligence collective et l'expression
  • Créer du lien et du commun à travers des récits croisés
La boîte du jeu Kolétet posée sur une table en bois, avec des dominos

Les textes

Chaque texte a été écrit par un participant des ateliers de médiation de Fort-de-France (2 et 5 mars 2026), en reliant trois images du corpus.

 

1. Andy Jeanne-Rose (artiste designer) · Images 9-12-2

Une silhouette, un geste, peu de chose s'exprime.
La porte vers mon âme, se tend vers toi.
Deux forces s'opposent dans les abysses.
Dans ce monde où il n'existe plus de loi.
Ho ! Tendre mère, en ta présence les esprits se taisent.

 

2. Ewan Judith (étudiant CCA) · Images 10-15-19

C'est en traversant cet environnement enchanté et plein de beauté, qu'il put constater une nature diverse, une nature qui serait pour le préparer, à faire face à la faim, au danger, ainsi qu'à lui-même. En en ressortant, le jeune être se pensait donc préparé, à faire face à un monde entier, ce, grâce aux outils qui lui ont été donnés. Mais la vie, elle, ne s'arrête jamais de s'adapter et est prête à contre attaquer, à l'aide de ces nombreux mystères et menace encore invisible à la vision du jeune garçon.

 

3. Lenny Dozine (étudiant CCA) · Images 13-3-17

Comme un souffle annonciateur, porteur de souffrance, et d'espoir de voir le retour de ceux qu'on aime. J'évoque le poids d'une culture perdue qui, sortie des entrailles de la terre, signifie la pérennité de cette civilisation d'art pur qui jadis dominait les mers et les vents. Je suis cette brise qui marque son territoire d'un symbole de carrefour entre vie et mort jusqu'à ma disparition sur ces côtes d'émeraude.

 

4. Gwladys Gambie (artiste) · Images 10-15-13

Dans la nuit luxuriante, il portait le poids de ses émotions, errant le cœur lourd. Il n'entendait pas la symphonie des plantes, il ne voyait pas leur parade nocturne. Le chaos qui l'habitait était trop bruyant, et comme une âme prise au piège, il tournait en rond. Plus rien n'existait autour de lui. Seul le son de la mer / le souffle de la mer avait le pouvoir de le délivrer de sa tempête intérieure et lui rendre sa lumière.

 

5. Anna Tatur (artiste) · Images 5-10-6

Un mystérieux étranger, ayant traversé terres et océans, las de recherches sans fin et de pensées obsessionnelles et chatouilleuses, trouve enfin refuge. Ici, au milieu d'une végétation luxuriante, florissante et parfumée, parmi les oiseaux qui gazouillent et les esprits qui se murmurent entre eux, il s'installe pour se reposer à l'ombre des arbres et devient un seul corps avec le monde environnant, se couvrant des formes fantaisistes de la créativité de la nature.

 

6. Indira Vasseaux (étudiant CCA) · Images 2-1-6

Je me souviens de ces journées où, depuis la falaise, on contemplait les vagues s'écraser sur la caille avant de faire de folles enjambées sous un soleil de plomb en quête d'un gouter. Les plus téméraires grimpaient aux cocotiers avec comme motivation la satisfaction de goûter à la douleur du nan-nan.

 

7. Kiliane Lechertier · Images 2-10-5

Tapis dans la brume presque irréelle, aimant la solitude et son calme froid, elle adore cacher son jeu. Au-delà de son aspect sinistre vivait en elle la chaleur et l'enchantement, dans un mélange de couleurs presque féériques, elle virevoltait au rythme des vagues baignées dans sa lumière divine.

 

8. Cécile Saint-Marc (éducatrice à la Protection Judiciaire de la Jeunesse) · Images 10-6-7

L'histoire se déroule dans la luxuriante forêt tropicale. Le poumon de la terre, enracinée dans le cœur Caraïbe. Tapis dans l'ombre, le jaguar observe le mouvement des navires dont la résilience des peuples empêchera la main mise sur leur territoire. Évitant ainsi que l'histoire ne se répète.

 

9. Marie-Lyne Psyché-Salpetier · Images 10-13-5

Après de multiples manifestations, la Terre-Mère informa les humains des grands bouleversements à venir pour les habitants des îles de la Caraïbe. Un grand conseil Acaouman fut alors réuni pour demander aux dieux de la mer quoi faire. La déesse Zépon surgit à leur rencontre pour leur indiquer les changements de comportements à envisager.

 

10. Yves-Marie Séraline (ingénieur culturel) · Images 13-16-10

Du souffle puissant sacré, il appelle ses glorieux ancêtres. Des nuages descendirent l'âme des Rénos et le cri des vaillants. Le sol fut parsemé d'éclats de vie et les couleurs chassèrent le vent. Des timides bourgeons, il vit se dresser les tiges, des graines les plantes dont les racines portaient l'âme des révoltes dans un épanouissement de couleurs flamboyantes sous le regard du gardien de la forêt.

 

11. Jude Duranty · Images 17-11-3

Ce vèvè discret n'avait qu'un mot pour s'accrocher : Resistez ! Cet acte, il le faisait déjà depuis des lustres face aux divers assauts des fils d'Huracon. La promesse d'un dechoukaj fut annoncée depuis nanni nannan au temps où les chiens jappaient par la queue.

Le morne, malgré les assauts de l'érosion, était bon pied bon œil. Il n'était pas question de faillir à sa mission de protection, cacher ce trésor culinaire. Dans son antre, toutes ses victuailles qui avaient le chic de faire exploser divers goûts sous les papilles.

Cependant la répétition écarlate de l'emblème de Ioumoulicou, l'agaçait comme il n'était pas permis. Seul l'objet de Totor pouvait lui donner un répit. Au contact de cette terre glaise bien cuite, véritable talisman apte à protéger l'île des vents cycloniques dans leurs assauts périodiques.

 

12. Ira Khade Elwin (circassienne) · Images 13-7-6

Il est temps de manger, il est temps d'échanger. Permettez-moi de vous nourrir, mon peuple. Venez à moi et j'attendrai votre soutien, comme je vous en donnerai.
Nous sommes libres, il est temps de briser ces chaînes. Un seul son et c'est entendu.
La liberté ne se donne pas, elle se prend. Celui qui ne sert pas le peuple doit être puni. Nous priver de ressources et exiger des enfants et des richesses, c'est susciter une colère brûlante. Finalement, qu'est-ce qui compte ? C'est le temps, un seul son. Se saluer matin, midi et soir est sacré. C'est un rituel d'unité. C'est ce qui nous mènera à la liberté, encore et toujours. Car c'est le cœur des Caraïbes.
Et il ne cessera jamais de battre.

It's time to eat, it's time to exchange, allow me to feed you my people, come to me and I'll expect your support as I give you. We are free, it's time to drop these chains. One sound and it is known. Freedom is not something that is given its taken. He who does not serve the people must be dealt with. To block our pockets and demand children and wealth is to evoke red hot anger. At the end of the day, is what? It is time, one sound. To greet each other with a morning, afternoon and night is sacred. It is a ritual of oneness. It is what will lead to freedom again, time and time again and always. For this is the heart of the Caribbean. And it will never stop beat.

 

13. Kathy Liana Bravo (médiatrice) · Images 12-5-19

Il a combattu avec bravoure. À présent, il sait que c'est la fin, mais il voulait tenter une dernière fois le « coup » qui l'a rendu célèbre. Un coup d'zepon. Il sent son cœur ralentir à chaque respiration ; son âme descend sur la plage comme un moko jumbie pour finalement se fondre dans la mer et se perdre dans un nuage crépusculaire.

He has fought bravely. Now, he knows this is the end, but he wanted to try for the last time the "coup" that made him famous. A coup d' zepon. He feels each breath of the heart slowing down; his soul going down the beach like a moko jumbie to finally going over the sea hide itself into a dusky cloud.

 

14. Indira Toussaint (co-fondatrice de Twossaints) · Images 15-13-3

Il aimait s'imprégner de cultures lointaines. Il ignorait souvent leurs liens étroits. Le jour où son père est venu le chercher, son souffle était lourd. « Ti bway ! » résonna dans leur nuque. On dit que ce jour-là, il ne fut plus jamais le même. Un nom lourd de sens qui le ramena chez lui.

He always liked to cover himself in cultures from afar. Seldom knew they all weaved together. On the day his father came for him, his breath carried in the air-thick. "Ti bway!" clung to the back of their necks. They say on that day he was never the same. A name carrying a heavy load that lugged him home.

 

15. Kimiha Toussaint (co-fondatrice de Twossaints) · Images 13-1-4

Flottant dans l'espace comme un cri, un signal, un signe – un rythme incontournable. « On dit qu'on le sent avant de le voir. » C'est comme un appel à l'action, car nous avons tous un rôle à jouer. Après tout, seuls les vainqueurs peuvent pleinement savourer leur joie.

Drifting across the space like a cry, a signal, a sign - an unmissable beat. "They say you feel it before you see it". It's like a call to action, cause we all have one part to play. After all, only the victorious get to relish in their joy.

 

16. Amanie Mathurin (écrivaine) · Images 1-13-4

On dit qu'il existe des êtres qui marchent parmi nous, mais qui vivent depuis des siècles. Omniscients, omniprésents, ils se meuvent dans l'ombre du mystère. On dit qu'ils nous parlent sur les vents, dans une langue que nous avons toujours connue. Des voix portées par les mers déchaînées, élevées par un souffle sacré. Ils nous appellent à leur rythme, se mouvant en nous, autour de nous, visibles et pourtant invisibles…

They say there are those who walk among us, but have lived for centuries. All knowing, all seeing, they move in the shadows of mystery. They say they speak to us on the winds, in a language we have always known. Voices carried across raging seas, lifted through sacred breath. They call us in their rhythm, moving within us, around us, seen yet unseen…

 

17. Nicolas Derné · Images 13-1-11

Assis au bord du fleuve, j'écoute le vivant s'entremêler autour de moi, mes pensées et mes rêves se confondent et je me métamorphose encore et encore, dressé, regardant loin devant, je pars vers l'aventure. Je titube d'abord puis mes pas se font plus stables et les pieds dans l'eau au-dessus de la mer, je voyage. Le soleil dans le dos, le regard clair tourné vers ce moment. Ce n'est plus la cloche de l'école qui sonne, c'est le son de nous même qui résonne.

Sitting by the riverbank, listening to life intertwining around me. My thoughts and my dreams merge, and I transform again and again. Standing tall, gazing far ahead, I set off toward adventure. At first I stumble, then my steps grow steadier-and with my feet in the water, above the water, above the sea, I travel. The sun at my back, my clear gaze turned toward this moment. It is no longer the school bell ringing; it is the sound of ourselves echoing.